Le début en est difficile...
Tu es née fille puis devenue femme et mère, bonne mère par la tendresse, l'affection et la patience que tu distillais jour après jour après tant de nuits difficiles, de cet amour maternel si complexe et imparfait. Tu avais la place de la Reine dans nos cœurs de tout petit.
Notre douleur, c'est d'abord la tienne, lors des enfantements, premières douleurs de la séparation pour que nous puissions vivre. Notre première relation au monde ce fut toi. Tu fus notre première rencontre.
Nous n'avons exister que parce que tu nous a "portés" dans la vie, nous liant à notre père et au monde. Et ainsi nous nous sommes construits à travers toi, passeur de vie. Puis nous nous sommes construits chaque jour au fil des nouvelles rencontres, des premières expériences au monde et bien sûr, des premières séparations sous ton regard protecteur.
Une partie de toi-même s'en était déjà allée, dissoute dans les méandres et le néant de ta mémoire.
Le dernier éclat de tes yeux s'est éteint sous tes paupières baissées, tu t'en es allée, entraînant avec toi une partie de nous-même.
Tu seras bientôt comme un grain de sable emporté par le vent, sans attache.
Et comme toi sont devenus tes enfants, orphelins vieillissants, à un âge où ils s'interrogent sur ce qu'ils sont, et qui ils sont, parmi la dune de sable des vivants où se tissent et se détissent les liens.
Parce qu'au pays de l'attente tu laisses place à ceux qui te suivront.
Aujourd'hui nous prenons doucement la place, celle des aïeuls futurs, des ascendants, transmetteur à notre manière de ce petit bout de l'histoire qui était la tienne.
Tu as été notre Royaume, notre jour, notre printemps.
A l'aube de notre automne, nous referons le chemin de ton amour par les milles pensées qui nous habitent et seront à notre tour les passeurs de ces souvenirs emportés par le temps, mirages sans visage au cœur de nos mémoires closes.
On attend sans attendre, le cœur serré dans l'interminable litanie du sang qui bat le temps.
Le vent pousse le nuage qui s'enfuit et emportera le grain de sable dans le pays de l'aller.
Il n'y a plus de mot pour terminer, je suis simplement et infiniment triste.