J'ai constaté que le langage utilisé dans les médias déviait plus souvent vers celui communément employé au quotidien pour les échanges verbaux courants. Ainsi j'ai repéré des mots stéréotypes, pour accentuer inutilement le caractère actuel, comme "au jour d'aujourd'hui", ce qui revient à signifier trois fois le même sens, ou bien "super" pour exprimer de façon indifférenciée que c'est très bien, très mal, très agréable ou qu'il s'agit d'une bonne suggestion, "ça peut le faire" même si l'on n'est pas certain de pouvoir le faire, "grave" pour d'étonner de tout. Et le "nec plus ultra" lorsque l'interlocuteur met simultanément l'index et le majeur des deux mains en crochet pour mettre presque toutes ses phrases "entre guillemet" !
Je ressens ces expressions comme impersonnelles et figées, et très répétitives et sans doute symboles d'appartenance et de reconnaissance sociale.
Le silence est banni et il faut remplir par le discours. Celui-ci qui parle se procure la sensation de structurer ses phrases lorsqu'il emploi "c'est juste pas possible" ou encore "Clairement" en début de phrase pour se convaincre que ce qu'il va dire sera clair pour ceux qui l'écoute, pour énoncer parfois un concept obscur ou une méthodologie brumeuse, et qui sera difficilement réalisable. Ainsi la communication s'appauvrit. Et il faut écouter entre les phrases...
On a beau s'en défendre, l'écoute des autres déteint. Je me suis surprise d'être sur le point de prononcer un de ces fameux mots vides (au jour d'aujourd'hui). Je n'ai eu que le temps d'avaler ma phrase pour effacer l’intrus. Aussitôt l'arrêt marqué m'est venu une palette de synonymes pour exprimer autrement et en nuance mon idée.
La langue est fasciste a dit Barthe. Non, je ne veux pas succomber aux rituels de la communication par l'usage d'expressions figées, impersonnelles, restreintes et répétitives.
S'exprimer avec clarté est une subtilité délicate bien éloignée du conformisme de la répétition.